Vive la Commune !

Il y a 150 ans, la Commune de Paris affirmait dans sa Déclaration au peuple français qu’elle marquait « la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l’exploitation, de l’affairisme, des privilèges ». Elle était « la forme enfin trouvée » du gouvernement ouvrier, d’après Karl Marx, celui du peuple pour le peuple, l’aube d’une nouvelle société libre et égalitaire.

Certes, pendant ces 72 jours – avant d’être « massacrée, étouffée dans le sang par les bourreaux de la réaction monarchique et cléricale » (Bakounine), la Commune n’a pas pu réaliser son projet émancipateur.

Mais, avec ses forces, ses faiblesses et ses erreurs, elle a indiqué pour les peuples et les opprimé.e.s du monde entier la voie à suivre : l’indépendance de classe et la nécessité absolue de détruire l’appareil d’Etat bourgeois pour construire une société sans classes.

L’insurrection populaire est d’abord une réponse aux provocations du gouvernement. Les femmes y jouent le premier rôle. Dans ses mémoires Louise Michel raconte notamment que, le 18 mars : « toutes les femmes étaient là, montées en même temps que nous, je ne sais comment. (…) Entre nous et l’armée, les femmes se jettent sur les canons, les mitrailleuses ; les soldats restent immobiles (…) la Révolution était faite ! ». Le gouvernement de Thiers se réfugie à Versailles.

La Commune, proclamée le 28 mars après les élections, gouverne en s’appuyant sur la mobilisation autonome de la classe laborieuse avec ses organisations, ses clubs, ses bataillons de la garde nationale, ses fonctionnaires élus et issus de ses rangs.

La Commune n’est pas seulement un mouvement spontané et local. En 1792, pendant la première révolution, les sans-culottes avaient déjà investi la commune de Paris en opposition au gouvernement. Puis il y eut les grandes insurrections de 1830 et 1848. Celles et ceux de 1871 s’en souvenaient … Elle est aussi le produit de l’activité incessante des premières chambres syndicales, des théoricien.ne.s et des militant.es ouvrier.es (républicain.es.s, anarchistes, socialistes…)
regroupé.e.s dans la Première Internationale – l’Association internationale des travailleurs (A.I.T.) – qui oeuvrait depuis 1864 à « l’émancipation humaine ».

Pendant ces quelques semaines, une œuvre énorme est entreprise :

– Gouvernement populaire et « bon marché » avec ses élus payés au salaire ouvrier moyen, révocables à tout moment, (comprenant même des étrangers).

– Séparation de l’Eglise et de l’Etat.

– Abolition de la conscription et des armées permanentes.

– Réquisition des ateliers et des logements vacants.

– Moratoire sur les dettes.

– Interdiction des amendes et des retenues sur salaires.

– Interdiction du travail de nuit (dans les boulangeries).

– Organisation de l’enseignement laïc, primaire et professionnel. Instruction gratuite pour tous les enfants, y compris et surtout les filles.

– Mesures pour l’égalité salariale femmes/hommes.

Tout cela alors que Paris est assiégé par les Prussiens, dans l’urgence, sans moyens, sans financements (les banques ne sont pas touchées), puis bombardé et mitraillé comme on sait par les Versaillais revanchards…

Cet espoir ouvert par la Commune a inspiré ensuite bien des tentatives d’émancipation et de révolution.

Avec parfois comme résultat de grandes conquêtes sociales, des “victoires”, momentanées comme en 1936 en Espagne, 1970 au Chili… ou plus durables (et discutables) – en Russie, en Chine, à Cuba et ailleurs -, mais aussi des défaites, toujours suivies de répressions et de reculs démocratiques… Avant que de nouvelles mobilisations ne renaissent… En fait, la lutte des classes est permanente. Tout comme le sont les crises économiques, sociales, écologiques.

Les communard.e.s montaient à “l’assaut du ciel”. Certes, en 150 ans, le monde a bien changé. Mais, au moment où les guerres, la misère et les épidémies ravagent la planète, où les 1 % les plus riches règnent scandaleusement sur le reste de l’humanité, au moment où le capitalisme pourrissant conduit à la barbarie généralisée, il nous a paru nécessaire de souligner l’actualité du programme social et politique de la Commune.
Contre les Versaillais d’aujourd’hui, avons-nous un autre chemin à suivre ?

Ce projet a été monté par des militantEs de toutes tendances du mouvement ouvrier, partis et syndicats, féministes et associatifs de Saint-Nazaire.
Nous remercions aussi les élèves et enseignant.e.s du Lycée Expérimental,
Les Ami.e.s de May et Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871…

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