La Commune de 1871 : déjà en première ligne, les femmes !

Révolution, un mot qui en politique est malencontreusement illustré par un viril poing levé, des gravures, des peintures et des photos d’hommes en armes. Or, ce sont des femmes des quartier populaires de Paris qui, en se révoltant, ont déclenché la Révolution de 1789 : en marchant sur Versailles pour réclamer du pain, en réclamant la reconnaissance par le roi des décrets révolutionnaires, de la Déclaration des droits de l’homme, de la cocarde, en imposant son retour à Paris …

A l’aube du 18 mars 1871, ce sont encore des femmes de Montmartre et des Batignolles qui ont déclenché la révolte et de fait la Commune. En surprenant les soldats du gouvernement républicain, qui tentaient de voler les canons du peuple de Paris, prévus pour défendre la ville contre les Prussiens qui l’assiégeaient, elles les ont mis au défi de tirer. Ils abandonnèrent en levant leur crosse en l’air. Sauvant les canons en défiant la mort, cette stratégie de résistance absolue fera trembler la bourgeoisie pendant de nombreuses années.

Durant la Commune et l’instauration du gouvernement par et pour le peuple, elles se sont organisées pour mettre en place des mesures en faveur des femmes : écoles libres pour les filles comme pour les garçons, Coopératives ouvrières où le salaire est le même pour les femmes et pour les hommes … Le 11 Avril 1871, elles créèrent “l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés”, composée en majorité d’ouvrières. Elles revendiquèrent l’émancipation de la classe ouvrière et la libération de Paris, qui était bombardée et envahie par l’armée de la 3ème république. Elles se sont aussi organisées par centaines pour participer à sa défense. Des milliers de femmes y ont été tuées, emprisonnées et déportées, tandis que les plus « chanceuses » seront exilées pendant dix ans ou plus.

Force de proposition constructive pendant la Commune, bien que n’ayant pas eu de postes décisionnels, puisque réservés aux hommes, elles se sont battues jusqu’au bout contre la répression sanglante et ont fièrement revendiqué leurs actes devant les tribunaux. Celles qui ont survécu continueront à défendre la Commune en écrivant, en donnant des conférences, en manifestant aux enterrements de communard.e.s, en s’inclinant devant le mur des fédérés tous les vingt-huit mai.

C’est soulevées par un enthousiasme que seules les révolutions communiquent aux peuples, qu’elles se sont battues, tout en soignant les blessés, assumant l’éducation des enfants et luttant au même titre que les hommes. Toutefois, même si les communards étaient plus ouverts à leur participation que ne l’étaient les versaillais, le système patriarcal ne s’est pas renversé pour autant. Si les révolutions sont un espace privilégié pour les luttes féministes, qui incite à faire tomber certaines barrières, il n’en reste pas moins vrai que même en leur sein, peu d’hommes acceptent d’abandonner leur privilège masculin ou de reconnaître des droits aux femmes, quelque soit l’endroit.

L’invisibilisation des militantes politiques suit la même trame et participe à la reproduction des systèmes patriarcaux. Les communardes n’y ayant pas échappé, il est important de les sortir de l’oubli sans les fantasmer, ni les stigmatiser et d’inscrire en mémoire leurs noms : Louise Michel, Nathalie le Mel, Elisabeth Dmitrieff, André Léo, Paule Mink, Marie Ferré, Victorine Brocher, Béatrix Excoffon, Florence Agar, Rosa Bordas, Eugénie Cadolle, Honorine Caria, Marie Chiffon, Louise Gimet, Victorine Gorget, Sophie Poirier, Elisabeth Retiffe, Marie Rogissart, Adélaïde Valentin, Maria Verdure, et tant d’autres.

Il nous faut lutter contre cette invisibilisation et continuer à porter nos revendications féministes comme l’ont fait toutes ces combattantes, car toujours, au premier rang des révoltes, on rencontre des femmes, courageuses et déterminées, comme on a pu le voir sur les zad, chez les gilets jaunes ou encore au Rojava.

Vive les Communes ! Vive la révolution mondiale ! Vive les femmes du monde entier !

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