Morceau d’histoire : Mai 68 commence en 1967

La Base n°8 – Octobre 2020

En juin-juillet 1955, la lutte dantesque des Chantiers avait aboutit à un accord de 22% d’augmentation (voir La Base n°7). L’unité CGT, CFTC, FO avait été déterminante. Elle n’était guère d’actualité ailleurs. Ni même pour les premiers mai.

En mars 1963 la grève des mineurs fait plier De Gaulle. C’est aussi un nouvel essor du syndicalisme. A Nantes, les conflits se multiplient : Brandt, Kulmann, Sud-Aviation, Chantiers Navals…

En 1964, le plan de gouvernemental dit “de stabilité” prévoit blocage des salaires, réduction d’horaire et licenciements.
Aux usines déjà mobilisées, viennent s’ajouter les cheminots puis les postiers qui rentrent en grève avec succès.
Le 26 avril une manifestation contre les dépenses de guerre en Algérie confirme l’hostilité à De Gaulle. Le 1er mai retrouve une nouvelle vigueur par l’unité retrouvée (même si, dans le 44, FO persistera à se retrouver seul dans ses locaux, jusqu’à maintenant).

La grève des mensuels de 1967

Le 1er mars, les ETDA (employés, techniciens, dessinateurs, agents de maitirise) dits les “mensuels” entrent en lutte. Le 27 avril 1967, le gouvernement demande les pleins pouvoir jusqu’au 30 octobre et prétend limiter la revalorisation des salaires.

Les syndicats condamnent unanimement.

Le 28 avril 1967, la solidarité déferle à Saint- Nazaire : 50 000 manifestant.es ouvrier.es de toute la région, femmes organisées en comité, artisants et commerçants, marins-pêcheurs, paysans ; 108 millions de centimes sont collectés dans toute la France, ainsi que des tonnes de pommes de terre, de poissons.
A l’issue de 62 jours de grève, le 1er mai 67 reste aussi une journée historique pour l’histoire ouvrière locale (comme en 1955).
Une foule énorme s’est massée pour découvrir le contenu de l’accord et entendre les leader nationaux CGT, CFDT, FO.
Avant de manifester vers l’Hotel de Ville pour la première fois sous la Vème République.

Cette lutte s’inscrit dans les grèves annonciatrices de mai 68 *. L’accord conclut sera généralisé 8 ans après, dans la Grille Nationale des Classifications.

Mai 68

«La France s’ennuie» écrit Le Monde en mars 1968, ignorant 1967. Mais la colère gronde, ouvrière et étudiante. La CGT appelle à manifester le 1er mai, République-Bastille, après 15 ans d’interdiction.

En Loire-Atlantique, à l’usine Sud-Aviation de Bouguenais, les arrêts de travail succèdent aux grèves dans les ateliers ; l’emploi est au coeur des luttes à la Raf, dans la navale, à la fonderie Lemer et dans nombre de petites boites. L’affluence aux meetings dispersés des syndicats est nouvelle.

Dix ans ça suffit !

Le 8 mai, une grève générale de 24 h est appelée par la Cgt, la Cfdt, Fo, et même les paysan.nes de la Fdsea et Cdja dans tout l’Ouest, sous le slogan “l’Ouest veut vivre”. 10 000 manifestant.es à Nantes, les étudiants de l’Unef se joignent et montent une barricade près de la préfecture.

Début des folles journées de mai

L‘unité syndicale ne sera réalisée nationalement que pour l’appel à la manifestation du 13 mai 1968.

Le 13, à Nantes, ils sont 20 000 contre la répression policière (suite à la nuit des des barricades à Paris du 10 mai). Le 14, Sud-Aviation, en grève reconductible, est occupé dans l’unité syndicale et la direction est séquestrée.

La grève est générale dans tout le pays.

Manifestations et occupations vont se poursuivre pendant un mois (la reprise sera votée le 13 juin à Bouguenais). Le mouvement fut principalement ouvrier à Saint-Nazaire. Les lycéens d’Aristide Briand font leur comité d’action. Ils sont un millier a écouter Daniel Cohn-Bendit sur la plage le 18 juin.

* https://npa2009.org/idees/histoire/1967-1968-des-greves-ouvrieres-radicales-annonciatrices-de-la-greve-generale

GG

Un combat inachevé

Militant de la CGT depuis 1955, j’ai vécu 1968 comme un grand mouvement du combat de classe, de solidarité et d’exigence démocratique avec le slogan ‘’10 ans çà suffit’’ (de gaullisme), mais c’est aussi un moment très important de la libération de la parole et du mouvement féministe pour les droits des femmes qui va se développer au cours des années 1970.

Au-delà des évènements internationaux de 1968, en France et dans la région nazairienne, des luttes ouvrières se sont succédées :
la fermeture des Fonderies en 1963, les licenciements aux chantiers de 1965, la grève de la SMPA et de BEGY en 1966, les luttes de la Fonction Publique, les deux mois de grève des ‘’Mensuels’’ et des ouvriers en 1967.

S’ajoutaient un grand mécontentement avec les ordonnances sur la Sécu de 1967, le refus de négocier du pouvoir gaulliste et des patrons, tant dans la Fonction Publique que dans le privé, l’autoritarisme du pouvoir personnel.

La lutte des étudiants et la sauvage répression a été l’étincelle du déclenchement du mouvement social et populaire, revendicatif et solidaire à la fois. 1968 a été un mouvement de masse, près de 10 millions de grévistes, qui a permis des avancées sociales et salariales (35% d’augmentation du SMIG et 38% du SMAG), mais n’avait pas de perspectives de changements politiques.

1968, avec 10 millions de grévistes aurait pu aller plus loin, en particulier sur les changements démocratiques et politiques, il y a eu des espérances déçues. Mais 1968 a été porteur de prolongements sociaux avec la 4ème semaine de congés, la mensualisation des ouvriers avec plus de protection sociale, la loi sur l’IVG de 1974, le programme commun de la gauche qui a conduit à la victoire de 1981, au-delà des désaccords entre les signataires et des reniements sur le contenu et les promesses.

Aujourd’hui les mêmes questions se posent : comment allons nous sortir de cette politique toute au service du capital, en finir avec ce pouvoir autocratique du monarque du Palais de l’Elysée, restaurer une véritable démocratie libérée d’un gouvernement et d’une majorité de godillots ?
Les luttes sociales n’y suffiront pas pour changer la société libérée du capitalisme et de la course aux profits pour lui substituer une société qui placera l’être humain et son environnement comme centre d’intérêts pour toutes et tous.

Il ne suffit pas de dire ‘’Il faut changer’’, il faut créer les conditions pour passer aux actes.

Guy Texier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *